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Thursday, 26 December 2013

Guillaume Serp, Les Chérubins Électriques, 1983


Dans le Paris Novö du début des années 80, un garçon achète La Pravda au Drugstore des Champs Élysée. Il ne sait pas lire le russe mais ce journal lui semble aller comme une mitaine en cuir avec les disques de Kraftwerk et de Bowie qu’il écoute en boucle. Punk c’était déjà hier, et la génération qui est venue juste après a mis la dose sur tous les défauts : le cynisme, la dope, un certain dandysme et son nihilisme afférant. Les Chérubins électriques fut le seul roman de Guillaume Serp, connu autrefois sous le nom de Guillaume Israël, chanteur des Modern Guys, groupe oublié inscrit dans le sillage Rose Bonbon de Taxi Girl. Sa mort à 27 ans ne lui a pas laissé le temps d’en écrire un autre, ni de signer le premier film auquel il rêvait, en s’exilant à LA – Paris devenant mortifère. Introuvable depuis sa sortie en 1983 (son auteur n’avait même pas alors 23 ans), ce roman d'apprentissage est enfin réédité par L’Éditeur singulier. On y entend, encapsulé et synthétisé, l’esprit d’une époque désespérée, celle des transitions. C’est la même chanson que dans les Nuits de la pleine lune. On croit que cette chanson est douce mais elle est pleine d’épine. Possible que ce livre imparfait et direct puisse nous servir encore de manuel de survie pour marcher dans Paris, du soir au petit matin, l’hiver, emmitouflés dans un manteau de feutre, un journal soviétique roulé sous le bras pour dernière contradiction.
Nous aussi, nous voulons une nouvelle vie.

«Alexandre m’avait donné rendez-vous chez lui à 10 heures et il n’était encore que 9 heure et demie. J’étais passé au Drustore acheter quelques revues, dont La Pravda que je ne comprenais absolument pas, mais que j’achetais régulièrement parce que je trouvais que cela faisait très chic. Je décidais de me rendre chez lui à pied ; de braver le froid et les regards dégoûtés de la foule du samedi soir, qui se retournait sur moi, ce drôle de type au visage angélique et aux habits bizarres. Il faut dire qu’à l’instar de Cassandre la veille, j’étais tout de rouge vêtu : bottes rouges, pantalon rouge, pull rouge et veste en plastique rouge.
Il semblait content de me revoir. Et alors que je jetai sur la table basse les magazines feuilletés en chemin, il me proposa de la coke. Évidemment, avec ce froid, et toutes ces gueules de gerbe mal refroidies que j’avais croisées, j’étais enchanté. » (p. 33)



Guillaume Serp, Les Chérubins Électriques, 1983, Robert Laffont, réédition L’Éditeur singulier, Paris, 2013

1 comment:

  1. Je n'ai jamais porté de rouge mais j'aurais aussi été enchanté...

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